Nouvel envahisseur

Nouvel envahisseur

Kevin C. K. Ma Université Laval

Ne vous laissez pas leurrer par sa taille minuscule et son enveloppe translucide! Sous ses airs inoffensifs, ce microscopique animal marin – le tunicier envahissant Diplosoma listerianum – représente une réelle menace. Depuis quelques années, cette espèce exotique envahit les côtes de l’Est canadien. En rivalisant avec la faune marine locale, qu’il prive d’une partie de sa nourriture et de ses habitats, cet ennemi presque invisible occasionne d’importantes pertes aux industries de l’aquaculture et de la pêche. Taille d’un tunicier : 1 millimètre

Journalistes-chercheurs : vers des relations apaisées

Accusées de déformer les propos, de focaliser sur des anecdotes, de ne pas être assez rigoureuses, la presse écrite et, plus encore, la télévision font parfois figure d’épouvantail. En France par exemple, la méfiance de la plupart des scientifiques vis-à-vis des journalistes reste forte. Cependant, les scientifiques ont aussi conscience que les médias sont une caisse de résonance inégalée pour parler de science au grand public. En ces temps de désaffection pour les sciences, ou pire, d’essor des fausses informations, voire des « infox » (informations volontairement erronées) scientifiques, les chercheurs et les chercheuses se rendent compte qu’il est impossible de rester totalement à l’écart des médias.

Mais comment faire pour que cela se passe au mieux ?

Avant tout, il est indispensable de comprendre comment fonctionnent les journalistes. Leur rôle n’est ni d’enseigner, ni de « traduire » en langage clair des sciences complexes, ni même de défendre les sciences. Ce sont avant tout des journalistes, autrement dit des personnes dont le métier est d’informer. Ils et elles gardent leur esprit critique, ce ne sont pas des porte-paroles. Les journalistes traitent essentiellement de l’actualité (ce qui s’est passé hier, ou la semaine dernière, non il y a un an) et sont souvent pressés, car ils doivent rendre leurs articles rapidement. Certains sont spécialisés en sciences, d’autres encore ont des connaissances plus pointues dans un domaine, qui reste néanmoins large, par exemple la médecine ou les sciences de la matière. Mais beaucoup de journalistes sont généralistes, passant d’un article de politique à un article de sport, et parfois de science. Il est important pour les chercheurs et les chercheuses de comprendre à qui ils ont affaire, pour adapter leur discours.

Si un ou une journaliste communique avec vous, que faire ?

Tout d’abord, personne n’êtes obligé d’accepter une entrevue. N’hésitez pas à demander au journaliste pour qui il travaille, pourquoi c’est à vous qu’il fait appel, quel format prendra l’information (écrite, radio, télé…), ce qu’il compte faire de vos propos (entrevue, citations…), etc. Si vous acceptez, prenez un peu de temps pour préparer l’entrevue : même si les journalistes travaillent dans l’urgence, vous pouvez prendre 15 minutes pour réfléchir. Demandez-vous quel message vous souhaitez faire passer, quels mots vous pouvez utiliser pour que ce soit clair (bannissez le jargon !), quels exemples il vaut mieux utiliser pour clarifier vos propos, quelles analogies…
Au moment de l’entrevue, détendez-vous. Les journalistes ne sont pas là pour vous piéger. Plus vous serez clair, moins vos propos risqueront d’être incompris et donc déformés. Prenez le temps d’expliquer ce que vous faites (que cherchez-vous ? quels sont les résultats ?) et pourquoi vous le faites (quel est l’intérêt de ces travaux ? en quoi font-ils progresser les connaissances ? quelles sont leurs incidences ? pour qui, quand, comment ?). En revanche, lorsqu’il s’agit de presse grand public, il n’est pas toujours utile de détailler la manière dont vous arrivez à ces résultats, sauf si votre interlocuteur vous le demande.

Pourrez-vous contrôler ce qui est fait de vos propos ?

La réponse est claire : non. Il s’agit de journalisme, non de communication. Or, personne ne contrôle à priori ce qui se publie dans les journaux, c’est le principe même de la liberté de presse. C’est bien sûr inconfortable pour les scientifiques. Vous pouvez toujours demander de relire, sans garantie que l’on vous donne satisfaction : les journalistes tiennent beaucoup à leur indépendance.

Et après ?

Dans la majorité des cas, tout se passe bien, c’est souvent le début d’une interaction fructueuse entre le chercheur et le journaliste. Souvenez-vous que les journalistes travaillent beaucoup dans l’urgence. Donc ils reviendront facilement vers un chercheur ou une chercheuse disponible, quelqu’un de clair et intéressant, appelé dans leur jargon un « bon client ». Peut-être vous !

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