Choisir sa voie

Grégoire Bonnamour Université du Québec à Montréal

Voici un segment de nerf sciatique prélevé sur un souriceau. On distingue, en rouge, les faisceaux d’axones qui courent dans le nerf, entourés des cellules gliales (vert), qui leur servent notamment de support. Or, ces dernières ont la capacité, grâce au facteur de transcription nommé Nr2f1 (bleu), de se différencier en mélanocytes, qui colonisent la peau et lui donnent sa coloration. Chez les personnes atteintes du syndrome de Waardenburg de type IV, l’expression de Nr2f1 est déréglée, ce qui provoque un déficit en mélanocytes, et donc une perte de la pigmentation et de l’équilibre. Les mélanocytes, en effet, jouent aussi un rôle clé dans le fonctionnement de l’oreille interne! - Image issue du concours 2023 La preuve par l'image de l'Acfas.

Embrassez la diversité!

Dans les recherches participatives, la diversité est reine! Diversité des sujets et des disciplines, diversité des contributrices-teurs, des formes de communication scientifique pour les réaliser et les restituer, diversité des lieux où les recherches participatives se font et se racontent. Les recherches participatives deviennent alors pour la communication scientifique un grand atelier où retrouver, mélanger, réinventer des formats, questionner et rejouer les normes des systèmes et des pratiques d’information et communication scientifique. Tout un art!

Contribuer, signer 

À chaque étape, les recherches participatives s’ouvrent à la contribution d’une diversité de participant-es qui ne sont pas des professionnel-les de la recherche. Il y a la question de la maternité de ce qui est produit et de la possibilité pour les systèmes d’information scientifique d’enregistrer ces informations (dans les métadonnées par exemple). Il y aussi la question de la reconnaissance des contributions : par exemple, les taxonomies comme CRedIT (Contributor Role Taxonomy) peuvent aller dans ce sens, même si elles manquent encore de rôles pour couvrir le spectre de la participation.

Communiquer sur, ou pour, une recherche participative implique de prendre en compte les différents styles et niveaux de contributions, et d’en rendre compte dans le respect de chacun-e : la justice épistémique se joue aussi ici.

Formes et formats 

La capacité d’un collectif engagé dans une recherche participative à produire différents formats de restitution de ses travaux et résultats, en les rendant accessibles et lisibles à différentes audiences, est loin d’être évidente. Les recherches participatives ne suivent pas toutes des protocoles rodés et définis à l’avance, descriptibles de façon linéaire et homogène. Parfois il y a besoin de nouvelles solutions numériques, comme en témoigne le site transmedia Sao José, qui combine recherche ethnographique et implication des participant·es dans la définition des parcours narratifs de la recherche.

Comment s’emparer des connaissances sans qu’un déséquilibre entre participant·es ne s’installe? Dans leur chemin vers une appropriation de toustes les participant·es dans l’ensemble du processus de recherche, les recherches participatives peuvent aussi flirter avec les frontières du public engagement : les deux pratiques se nourrissent alors l’une et l’autre sans cesse, comme en  témoigne le projet Woman Water Watch, qui a intégré à son projet de recherche participative la réalisation communautaire de peintures murales.

Le colloque « Sciences participatives et communication scientifique : écrire, publier, valoriser » qui s’est tenu à Bordeaux en novembre 2024 a permis d’aborder différents aspects de la communication de la recherche dans le cadre de recherches participatives, tandis que le projet européen NEWSERA a exploré les besoins et défi de la communication des recherches participatives. Si toutes les pratiques de communication de la recherche peuvent s’appliquer aux recherches participatives, la créativité sans frontières est bienvenue pour sortir des formats classiques et s’aventurer aussi dans la « communication participative » de la recherche!

Circulations multiples

Raconter la recherche des sciences participatives est essentiel. Non seulement la diversité des formats, mais aussi la diversité des langues – naturelles, disciplinaires, professionnelles –, et des lieux de circulation des informations sont centraux à la réussite d’un projet de recherches participatives :

  • pour nourrir et prendre soin de l’engagement des participant-es aux différentes étapes du cycle de recherche,
  • pour inviter à de nouvelles contributions – surtout dans le cadre des projets contributifs –,
  • et bien évidemment pour faire connaître les recherches à l’extérieur.

Il est important de penser aux moyens de communication numériques à disposition, mais tout autant de considérer les espaces physiques et les bonnes vieilles pratiques de l’affichage, de la distribution de dépliants (flyering), ou du partage de petits objets personnalisés selon les ressources à disposition.

Finalement, les recherches participatives ne pourraient-elles pas permettre de repenser le recours aux écritures académiques conventionnelles?