Le bal coloré des nanolanternes

Le bal coloré des nanolanternes

David Rioux Polytechnique Montréal

Ces tourbillons colorés sont des nanoparticules d’alliages or-argent en suspension dans l’eau. Ces particules reflètent la lumière en « produisant » une couleur bien précise. Cette couleur varie en fonction de la taille des particules, mais surtout selon le ratio or-argent qui les compose. Les 6 premiers flacons contiennent des nanoparticules de 60 nm de diamètre; de l’argent pur à gauche à l’or pur à droite, en passant par différents alliages. Le 7e flacon contient aussi des particules d’or pur, mais de 100 nm de diamètre. Ces minuscules billes lumineuses présentent un fort potentiel d’usages en imagerie biomédicale, permettant notamment de rendre les cellules observables. - Photo issue du Concours La preuve par l'image 2015 -

Communiquer la science au Maroc : quelques éléments d’éclairage

Le Maroc bénéficie depuis un peu plus d’une décennie d’un mouvement sociétal, très réduit mais original, dont la mission est la diffusion de la Culture Scientifique et Technique (CST).

Le but est de « communiquer la science au Maroc », et cela exige de prendre en compte certaines spécificités de la société marocaine, tant dans la définition des objectifs visés qu’au moment de la mise en œuvre des actions envisagées.

Du point de vue des objectifs, les finalités socio-éducatives, de justice et de cohésion sociales sont omniprésentes et de façon presque unanime dans la philosophie d’action qui anime les porteurs de ce mouvement. Parallèlement, il y a également la prise de conscience que l’épanouissement individuel, d’une part, et le bien-être collectif et les enjeux de développement global, d’autre part, sont bien une affaire de diffusion des sciences.

Du point de vue du contexte général, hormis le fait de souligner l’absence criarde des médias et la modestie des appuis institutionnels, il est bon de mettre de l’avant deux constatations :

  • S’agissant du champ culturel, dans lequel doit s’inscrire la « culture scientifique », le Maroc est un pays où l’on reconnaît de fait trois grandes composantes culturelles : arabophone, amazighophone et francophone. Elles ne sont pas étanches entre elles et entretiennent des relations complexes.

  • Le contexte social marocain est marqué par une forte stratification doublée d’une dualité villes/campagnes.

Quels sont alors, dans le concret, les facteurs essentiels devant être pris en compte par les acteurs de la CST pour mener à bien leurs actions issues des standards internationaux : expositions itinérantes, actions sur le terrain, conférences et films-débats, cafés scientifiques, ateliers thématiques, etc.

En premier lieu, il y a la réalité des « différents publics ». La population marocaine est constituée de plusieurs publics que l’on peut présenter sous forme d’oppositions : éduqué–sous-éduqué et non éduqué, urbain–rural proche et rural éloigné, défavorisé (n’ayant pas accès à la culture)–classe moyenne (ayant accès à une culture de base)–riche (ayant accès à la culture internationale), jeune ou d’âge moyen–âgé. Ces publics n’ont certes pas le même potentiel de compréhension des sciences, mais surtout n’ont pas les mêmes attentes ni les mêmes attitudes vis-à-vis de la médiation des sciences.

En deuxième lieu, il y a la problématique de la langue… difficile à appréhender en quelques lignes ! Au-delà du sentiment d’appartenance (ou non) à l’une des trois composantes culturelles, il y a le fait que, pour la majorité des publics, le langage utilisé dans la vie quotidienne et le langage éducatif, celui également des communicateurs des sciences et des supports utilisés, sont différents. Ainsi, dans la pratique, les distances entre ces langages peuvent être : arabe dialectal–arabe moderne ; amazigh–arabe moderne ; arabe dialectal–français ; amazigh–français.

En troisième lieu, il y a les thèmes des actions proposées. Ils peuvent convenir au goût de tous les publics ou susciter un intérêt différent, cette différence s’accentuant entre le milieu urbain et le milieu rural. Ainsi, la connaissance et la protection de l’environnement constituent un véritable sujet de prédilection au Maroc. Dans le milieu rural, ceci se traduit par un grand intérêt et même une mobilisation vis-à-vis des problématiques locales. Par ailleurs, les sujets scientifiques « chauds » à l’échelle mondiale, à controverse scientifique ou mettant en question la science, sont très prisés par les jeunes des villes, lycéens et étudiants, lors de films-débats ou de cafés scientifiques.

En filigrane de ce qui précède, il apparait que « communiquer la science au Maroc » s’avère un processus complexe requérant dans la pratique un grand esprit d’adaptation.

Malgré les succès d’estime du mouvement qui en est porteur, cela demeure, selon notre jugement d’acteur de la CST au Maroc, un projet fragile et incertain. Pour y remédier, l’État, les collectivités territoriales et toutes les forces vives doivent s’y impliquer et se l’approprier.

Je choisirai cependant de conclure sur la responsabilité de l’université marocaine : dans la perspective de ce projet, il lui échoit d’assumer dans les faits une troisième mission aux côtés de la formation et de la recherche, celle de l’ouverture sur la société marocaine et la création puis l’approfondissement du lien science-société aujourd’hui inexistant au Maroc. Dans cette même perspective, synonyme d’une transformation de la société marocaine, il lui échoit de mettre en place les formations adéquates pour les « communicateurs de science » de demain à la lumière des facteurs — en fait les difficultés — que j’ai soulignés.

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