Hombeline Dumas

Photo prise lors des Journées Internationales de la Culture Scientifique en 2017

Les 10 RaccourSci pour faire entendre la voix de la recherche auprès des instances politiques

Les membres de la communauté de recherche détiennent une connaissance d’une grande valeur, mais doivent redoubler d’efforts afin que la science fasse partie des voix les plus entendues par les personnes qui élaborent les politiques publiques.

-version originale du texte publiée dans Affaires universitaires-

  1. Conseiller n’est pas décider

    Les personnes œuvrant en politique prennent des décisions sur la base de multiples critères (scientifiques ou non), et elles ont été nommées ou élues pour leur capacité à les concilier. Dans cette optique, le conseiller ou la conseillère scientifique doit intervenir pour l’établissement d’une politique « informée » par les faits et les données probantes, plutôt que d’une politique « basée » sur les faits et les données probantes.

  2. Prendre le temps d’établir un lien de confiance

    Établir un lien de confiance avec des décideurs et des décideuses est au cœur de toute activité de conseil scientifique. C’est un travail de longue haleine, qui peut s’effondrer en quelques minutes, surtout si on omet le principe suivant : le conseil scientifique, c’est de la science pour la politique, et non de la politique pour la science.

  3. Saisir les particularités de l’environnement politique

    L’environnement politique peut être déstabilisant pour un chercheur ou une chercheuse, au regard de ses propres habitudes professionnelles. Les personnes élues évoluent dans une échelle de temps beaucoup plus courte qu’en recherche (deux, trois, voire quatre ans). Dans le milieu universitaire, les membres de la communauté débattent publiquement avec leurs pairs de leurs travaux, dans l’objectivité et la rigueur, alors que, dans le milieu politique, on recherche la conciliation entre des besoins et nécessités parfois contradictoires, et ce, de préférence derrière des portes closes.

  4. Décoder le processus de décision politique

    Les enjeux sont-ils de juridiction nationale, municipale, internationale? Quels ministères sont impliqués? Est-ce un enjeu électoral? Y a-t-il des budgets alloués? Le processus de prise de décision politique n’est pas linéaire et quelque peu imprévisible, car il est influencé par de multiples facteurs et de nombreuses parties prenantes. Les conseillers et conseillères scientifiques seront d’autant plus pertinents qu’ils auront compris dans quel processus ils interviennent.

  5. Agir en groupe

    Les membres de la communauté de recherche qui portent les mêmes messages ont avantage à s’associer, en intégrant des groupes de travail gouvernementaux ou internationaux, par exemple. S’associer à des consultations citoyennes ou à des communautés non universitaires permettra aussi de gagner en poids politique et en crédibilité.

  6. Ne pas laisser les faits parler par eux-mêmes

    À un niveau décisionnel, les faits et les données probantes côtoient l’opinion publique, les valeurs, les principes, les expériences personnelles, les intérêts privés. Dans ces circonstances, diffuser des informations scientifiques ne suffit pas, il faut aussi faire la démonstration de leur pertinence. C’est pourquoi l’envoi d’une note scientifique devrait toujours être accompagné d’une rencontre en personne.

  7. Bien communiquer le message

    Lors d’une rencontre, les représentants et les représentantes politiques apprécieront une présentation brève, axée sur une préoccupation qu’ils ont exprimée. À la fin de la discussion, ils doivent avoir une idée précise de ce qu’ils peuvent entreprendre à la lumière de l’information qu’on leur a transmise.

  8. Maintenir sa crédibilité scientifique

    Les conseillers et conseillères scientifiques issues du milieu universitaire ne peuvent en aucun cas faire abstraction du maintien de leur crédibilité. Il est capital de s’en tenir aux faits, aux données probantes et aux informations qui font consensus au sein de sa communauté de recherche. Les informations doivent être présentées et considérées dans leur contexte afin de prévenir toute sursimplification ou mésinterprétation de la part des responsables politiques et gouvernementaux.

  9. Adopter une vision intersectorielle

    Un conseiller ou une conseillère scientifique ne doit pas hésiter à faire appel à ses collègues. Il peut être hasardeux d’aborder un enjeu social ou politique à partir d’une seule expertise disciplinaire, surtout quand on pense aux grands défis de société comme le vieillissement de la population ou les changements climatiques.

  10. Faire preuve de résilience

    Le travail de conseil scientifique appelle à une grande résilience. Plus souvent qu’autrement, les conseillers et les conseillères scientifiques essuient des fins de non-recevoir… Auquel cas, on pourra envisager de s’adresser à d’autres personnes, de s’associer à d’autres parties prenantes, ou simplement d’attendre des circonstances plus propices.

Auteurs

  • Photo de Rémi Quirion

    Rémi Quirion

    Scientifique en chef du Québec

    Depuis le 1er septembre 2011, Rémi Quirion, O.C., C.Q., Ph.D., m.s.r.c., occupe le poste de scientifique en chef du Québec, un poste nouvellement créé. À ce titre, il préside les conseils d’administration des trois Fonds de recherche du Québec et conseille la ministre de l’Économie, de la Science et de l’Innovation en matière de développement de la recherche et de la science. Jusqu’à sa nomination, Rémi Quirion était vice‐doyen aux sciences de la vie et aux initiatives stratégiques de la Faculté de médecine de l’Université McGill et conseiller principal de l’Université (recherche en sciences de la santé). Il était également directeur scientifique du Centre de recherche de l’Institut Douglas, professeur titulaire de psychiatrie à l’Université McGill et directeur exécutif de la Stratégie internationale de recherche concertée sur la maladie d’Alzheimer des Instituts de recherche en santé du Canada. Le professeur Quirion fut le premier directeur scientifique de l’Institut des neurosciences, de la santé mentale et des toxicomanies, un des 13 instituts de recherche en santé du Canada.

    Ses travaux ont aidé à mieux comprendre le rôle du système cholinergique dans la maladie d’Alzheimer, du neuropeptide Y dans la dépression et la mémoire, et du peptide relié au gène de la calcitonine (CGRP) dans la douleur et la tolérance aux opiacés. Rémi Quirion a obtenu son doctorat en pharmacologie de l’Université de Sherbrooke en 1980 et il a effectué un stage postdoctoral au National Institute of Mental Health, aux États‐Unis, en 1983. Auteur de plus de 750 publications dans des revues scientifiques reconnues, il est l’un des chercheurs en neurosciences les plus cités dans le monde. Récipiendaire de nombreux prix et distinctions, dont l’Ordre national du Québec (chevalier du Québec, C.Q.) en 2003, le prix Wilder‐Penfield des Prix du Québec en 2004 et l’Ordre du Canada (O.C.) en 2007, il est également membre de la Société royale du Canada. En 2015, il a été promu Officier dans l’Ordre des Palmes académiques de la République française, une distinction remise par le gouvernement français qui reconnait ainsi son apport au développement des relations franco-québécoises en matière de recherche.