Organes en bouton

Constance Le Gloanec Institut de recherche en biologie végétale – Université de Montréal

Cet amas de cellules végétales est celui d’une fleur d’arabette des dames (Arabidopsis thaliana) en développement. Les fleurs, comme les feuilles, sont des organes dont l’anatomie est déterminée dès les premiers stades de leur formation. Ce phénomène encore mystérieux, nommé organogenèse, est notamment observable lors de mutations végétales. Cette photographie montre les cellules trapues d’un mutant botero de l’Arabidopsis thaliana, nommé ainsi en référence aux rondeurs qui caractérisent les œuvres de l’artiste colombien Fernando Botero. Lors de l’imagerie au microscope, il est possible de distinguer les contours cellulaires grâce à l’utilisation d’un marqueur fluorescent. (Grossissement : 40x. Microscopie confocale) - Photo issue du concours La preuve par l'image 2020.

La recherche, ça se raconte!

Lors de votre prochaine présentation scientifique en congrès, vous ne voudrez certainement pas endormir vos auditeur-trice-s. Vous voudrez plutôt les voir suspendus à vos lèvres, comme s’ils attendaient la suite de l’histoire. Une histoire! Voilà la clé pour captiver votre auditoire. Au lieu de leur expliquer votre recherche, raconter leur l’histoire de votre recherche.

Une histoire linéaire

Pour faire de votre recherche une histoire qui se raconte, il vous faudra déconstruire le modèle classique de la littérature scientifique qui sectionne la recherche en méthodologie, résultats, discussion. À l’oral, ce découpage de la recherche en silos présente trois défauts.

  • En premier lieu, reconnaissez avec moi que l’énumération des méthodes est parfois soporifique. Ce n’est assurément pas la meilleure tactique pour retenir l’attention de vos auditeur-trice-s.
  • Ensuite, séparer les méthodes des résultats exige de la part de l’auditoire un effort de mémoire car au moment de présenter les résultats, les personnes auront à se souvenir de la méthode présentée cinq minutes plus tôt. D’ailleurs, en lisant la section résultats d’un article scientifique, ne vous arrive-t-il pas de retourner quelques pages en arrière pour relire des détails méthodologiques déjà sortis de votre tête? Comme vos auditeur-trice-s ne pourront pas retourner en arrière, vous risquez de les perdre.
  • Enfin, ce découpage rompt le lien entre une expérience et son résultat. Il n’y a pourtant rien de plus naturel, après la description d’une méthode expérimentale, que d’en annoncer le résultat. Et le résultat, c’est aussi ce que les auditeur-trice-s veulent entendre après avoir écouté la méthode.

Pourquoi alors ne pas restaurer le lien naturel entre la méthode et le résultat d’une expérience et construire une histoire linéaire en racontant les étapes successives de votre démarche scientifique? Chaque étape avec sa méthode et son résultat devient ainsi un chapitre de l’histoire de votre recherche.

 

Une histoire à rebonds

Ces chapitres ont l’avantage de fournir un fil conducteur, à vous qui racontez votre recherche, mais aussi à vos auditeur-trice-s qui vous écoutent. Vous serez suivi d’autant plus facilement. Dans une histoire, les chapitres s’enchaînent avec une certaine logique, parfois avec rebondissement ou suspense. À bien y penser, n’est-ce pas le cas d’un projet de recherche quand une expérience se termine avec des résultats attendus ou inattendus et en entraîne une autre? Voilà de quoi articuler votre histoire en prenant soin de récapituler le résultat d’une première expérience avant de passer à la suivante.

Par exemple : « Les dosages de plomb dans les fontaines des écoles nous ont permis de dresser une carte des écoles problématiques. On a vu que les écoles problématiques sont situées dans le même quartier. L’étape suivante était de voir si la contamination au plomb était liée aux aqueducs du quartier ».

Vous pouvez aussi en profiter pour rythmer votre présentation, la rendre vivante et même tenir vos auditeurs en haleine. « Les dosages de plomb dans les fontaines des écoles nous ont permis de dresser une carte des écoles problématiques. On a eu la surprise de voir que plusieurs écoles étaient localisées dans le même quartier. On s’est donc posé la question, est-ce que la contamination au plomb pourrait venir du réseau d’aqueduc? »

 

Une histoire orale qui s’écrit

Vous connaissez votre recherche par cœur, mais pour embarquer votre auditoire avec vous dans votre histoire, il vous faudra la raconter avec fluidité, sans chercher vos mots à chaque tournant de phrase. Vous devrez travailler votre texte, au moins les passages clé, les liaisons entre chaque chapitres, et pourquoi pas l’écrire. Oui, l’oral, ça se prépare et ça s’écrit. Pensez aux humoristes, au téléjournal ou aux points de presse politiques. Il n’y a pas beaucoup d’improvisation. Les textes sont minutieusement préparés, écrits pour de l’oral avec des phrases simples et faciles à comprendre à la première écoute car il n’y aura pas une deuxième écoute. Travailler votre texte, c’est aussi le dire à haute voix pour vous l’approprier. Vous pourrez alors dire votre texte et narrer votre recherche de façon naturelle en y mettant les intonations et les gestes qui sont les vôtres.

Vivez votre recherche et faites-la vivre à vos auditeur-trice-s. Ils s’en souviendront mieux et peut-être que certain-e-s voudront vous contacter pour collaborer et écrire avec vous les prochains chapitres.

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