Arborescence glacée

Bastien Lecigne Université du Québec à Montréal

En raison des changements climatiques, les épisodes de pluie verglaçante seront probablement plus fréquents et plus violents sur notre territoire. Il importe donc de prédire quels arbres, en milieu urbain, sont susceptibles de casser sous le poids du verglas. Pour ce faire, on peut utiliser un scanner laser qui génère des images 3-D des arbres, révélant les détails de leur structure. Sur cet érable argenté montréalais, vu de face et du dessus, le potentiel d’accumulation de verglas est représenté par un gradient de couleur variant du blanc (faible) au bleu (élevé). (Dimensions de cet érable argenté : 19 m de hauteur et 20 m de largeur | LiDAR terrestre) - photo issue du concours La preuve par l'image 2021.

“Il était une fois…” Oui, mais…

“Il était une fois…” Quoi de mieux pour débuter une histoire! Raconter une histoire, c’est l’un des premiers conseils donnés pour vulgariser ses travaux de recherches. Alors raconter une histoire, oui, mais pas n’importe comment.

Quand on nous dit : “Pour captiver les gens, il faut leur raconter une histoire!”, on pourrait froncer les sourcils, élever un petit peu la voix et rétorquer, l’air réprobateur, quelque chose qui ressemble à ça : “Je suis brillant, et mon sujet de recherches est sérieux. Je ne vais quand même pas insulter mon auditoire à réduire mon sujet en une vulgaire épopée médiévale où une princesse est sauvée d’un dragon par un valeureux scientifique!”. Certes, la princesse c’est un peu trop, et pourtant la structure est intéressante.

Car ce que l’on appelle une histoire, au final ce n’est rien d’autre qu’une structure narrative progressive, logique, et humaine.

Votre projet, ou recherche, pourra toujours se raconter en suivant et décrivant cette séquence :

  • La situation initiale, qui décrit comment c’était avant que vous vous penchiez sur le sujet;
  • L’événement perturbateur, positif ou négatif, qui a provoqué votre intervention en ouvrant une nouvelle opportunité;
  • Le cheminement, qui détaille comment vous en êtes arrivé-e- là, quels échecs vous avez rencontrés, et donc, quels apprentissages vous en avez retiré;
  • Le dénouement, qui présente la solution finale, le fruit de votre labeur;
  • La situation finale, qui révèle la nouvelle réalité, et qui inspire votre public.

 

Alors si vous êtes en mesure de raconter votre projet en suivant ce schéma narratif, votre public sera capable de le visualiser et de vous voir dedans. Il y aura plus de chances qu’il mémorise vos travaux, et en parle lui-même à son tour [pour en savoir plus, lire cet article].

Il était une fois mon égo…

Pour raconter une histoire, j’aimerais qu’on aborde l’un des plus grands enjeux en vulgarisation : son égo. Avoir de l’assurance, de la confiance en soi, c’est important! Et cela fera de vous un-e- bien meilleur-e- orateur-trice-. Mais l’égo, trop fort ou mal placé, devient votre penchant sombre, votre force obscure. Dans les dernières décennies, on a martelé la programmation de nos cinémas avec des super productions américaines, où le héros (souvent stéréotypé), réussissait à sauver le monde par le biais de prouesses solitaires. Car lui seul en était capable. Mais le monde a changé, le public veut voir de l’authenticité, de la transparence et sans doute de l’humilité. Et en vulgarisation, comme cela est très bien expliqué ici (voir la vidéo), il ne s’agit pas de tomber dans certains travers de l’histoire à succès.

Ne vous présentez pas en héros, parlez-nous avec humilité de votre cheminement, de vos moments de doutes, de vos échecs, loin d’une communication trop “promettante”. Partagez vos succès avec les autres, montrez l’humain-e- que vous êtes le temps d’une présentation ou d’un écrit. Vous avez eu des moments difficiles? Dites le nous, riez-en justement! C’est en plus le meilleur moyen de désamorcer une situation gênante ou honteuse.

Tout au long de vos recherches, vous avez sûrement été l’acteur-trice- principal-e-, le moteur de votre projet. Mais au moment où vous vous adressez au public, vous n’êtes plus là pour briller, vous, mais pour faire résonner votre sujet, votre travail, votre équipe si vous avez travaillé à plusieurs, ou celles et ceux qui vous ont inspiré dans cette grande aventure des sciences. En d’autres termes, vous êtes le projecteur qui éclaire la Mona Lisa au Louvre à Paris.

 

Raconter une histoire, oui, mais sans eurêka!

On remarque dans certaines communications des vulgarisateur-trice-s qui racontent comment lui, ou elle, a trouvé la solution d’un coup, tout-e- seul-e. Vous savez, le moment “EURÊKA”. Tel le Professeur Tournesol avec son pendule, ou encore Newton après avoir été assommé à sa récolte de pommes annuelle. Est-ce bien le cas, y-a-t-il eu une révélation, ou plutôt un cheminement, parfois semé d’obstacles et d’interrogations?

Alors, racontez-nous comment vous en êtes arrivé-e- à la solution, parlez-nous de vos échecs, de votre parcours. On veut sentir l’effort de groupe lorsque cela est le cas, on veut sentir qu’une entité plus large est arrivée à cette solution, un résultat qui découle d’une collaboration.

Un héros solitaire peut créer une distance avec son auditoire, alors qu’un-e- vulgarisateur-trice- qui se présente avec transparence, à cœur ouvert, va inspirer et donner envie au public de le suivre, de le soutenir.

Retenez ce principe : moins vous vous mettrez en avant, plus on aura envie de vous voir.

Vous ne me croyez pas? Repensez à cette soirée où une personne vous a donné une leçon sur un sujet quelconque, avec un ton méprisant, et ne ratant pas l’occasion de vous dire à quel point, lui ou elle, était intelligent-e- et expert-e-. Avez-vous passé un bon moment? Avez-vous hâte de recroiser cette personne et d’aborder un autre sujet?

À l’inverse, pensez à une personne qui un jour vous a parlé d’un sujet complexe avec passion et simplicité, sans jamais se mettre en avant, en vous regardant avec attention et en clarifiant des points quand il vous voyait perdu-e-. Avez-vous passé un bon moment? Avez-vous hâte de recroiser cette personne et d’aborder un autre sujet?

Alors oui, racontez une histoire en utilisant le “je” mais servez-vous en pour en livrer davantage de vous-même, tout en vous appuyant sur vos émotions et celles de votre public (lire cet article en complément).

Devenez cette personne qu’on espère ré-entendre et dont on veut en savoir plus.

Ce que vous avez à dire est beau, fort et important.

Ne le gâchez pas, racontez-vous!

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