Merryl B. Lavoie

Photo prise lors de la finale MT180 au Québec en 2018

Les 10 RaccourSci d’une mauvaise vulgarisation scientifique

Lorsqu’on travaille à créer des ponts entre science et société, comme le font les vulgarisateurs, il faut généralement se plier à un format différent des articles scientifiques entre pairs.

  1. Extrapoler des résultats scientifiques

    En dehors des erreurs de bonne foi (avoir mal lu une valeur p) et des erreurs que je qualifierais de « légitimes », en raison de la loi du marché de l’information (opter pour un titre légèrement accrocheur, une image qui incite à cliquer, etc.), le problème de l’extrapolation se pose quand un article se réclamant de la vulgarisation scientifique pervertit l’information.

  2. Choisir un vocabulaire inadapté

    Deux exemples extrêmes de cette inadaptation : ceux qui ne veulent absolument pas modifier la terminologie scientifique et ceux qui vulgarisent tellement mal l’information qu’elle devient presque fausse. Votre vocabulaire doit se situer en dehors de ces deux extrêmes pour que l’information soit accessible sans être pervertie.

  3. Oublier une partie des données

    Il n’est pas improbable que vous ayez déjà commis cette erreur. Que ce soit par manque de rigueur, par contrainte de temps, par exemple. L’oubli de données (involontaire), c’est présenter une ou deux études sur un sujet, sans prendre en considération l’ensemble des études disponibles. Lorsqu’elle est volontaire, cela s’apparente à de la mauvaise foi scientifique.

  4. Manquer de compétences sur un sujet

    C’est le genre d’erreur qui semble survenir principalement chez les journalistes très influents, soit pour faire augmenter les vues, soit parce que le sujet les intéresse. Si vous manquez de compétences ou d’expérience dans un domaine, n’en parlez pas, tout simplement.

  5. Opter pour des titres et autres chapôs trop racoleurs

    Il vous faut trouver un compromis entre un titre juste (qui ne trahit pas l’information) et un titre alléchant (qui amènera du lectorat). Comme nous l’avons souligné plus haut, les extrêmes ne sont pas souhaitables. En effet, une information non lue reste inutile et une information pervertie est préjudiciable. Utilisez efficacement votre chapô pour informer correctement le lecteur (au cas où il ne lirait que ça…).

  6. Ajouter des détails superflus

    Si vous écrivez pour le grand public, évitez de fournir trop de détails concernant les protocoles méthodologiques et les acrobaties statistiques des études. À la rigueur, si vous y tenez vraiment, vous pouvez rédiger un ou plusieurs articles à cet effet, que le lecteur intéressé ira lire s’il veut en savoir plus sur la méthode scientifique.

  7. Mentionner un élément qui échappe à sa compréhension

    Soit vous faites tous les efforts nécessaires pour comprendre le détail qui vous échappe, soit vous ne le mentionnez pas. En effet, il existe déjà un décalage entre la façon dont vont être rédigés vos écrits (aussi précis soient-ils) et la manière dont ils vont être appréhendés par votre lectorat. Imaginez le décalage, si vous retranscrivez quelque chose que vous n’avez pas compris !

  8. S’exprimer avec des propos flous, globaux, interminables

    Votre propos doit être clair (c’est-à-dire allez droit au but), précis (ne vous embarquez pas dans les défis technologiques et les dilemmes éthiques que pose la découverte scientifique dont vous parlez, sauf si c’est l’objet de votre article bien sûr) et concis (vous n’êtes pas là pour étaler vos connaissances sur le sujet, vous êtes là pour transmettre une information).

  9. Être rigide dans l’exposition des faits

    C’est un exercice plutôt difficile lorsqu’on aime les résultats, les chiffres et les statistiques. Il faut vous entraîner à rendre votre discours un peu plus vivant en ajoutant, par exemple, des citations des auteurs de l’étude ou même des témoignages (sans oublier de préciser que ces derniers n’ont pas valeur de preuves scientifiques).

  10. S’adapter au média pour lequel on écrit (sans avoir peur de le bousculer un peu)

    Il est évident que votre article ne sera pas le même si vous écrivez pour un journal de vulgarisation scientifique ou si vous écrivez pour un magazine populaire. Cependant, il ne faut pas avoir peur de mentionner des résultats en modérant son propos ou de vulgariser une information qui va à l’encontre des convictions de votre lectorat : vous n’êtes pas un gourou mais un professionnel qui œuvre pour rendre la science accessible. Ce sont les faits qui doivent dicter vos écrits, non une pression démagogique ou les croyances a priori de vos lecteurs.

Auteurs

  • Photo de Julien Hernandez

    Julien Hernandez

    Vulgarisateur en sciences nutritionnelles et vidéaste amateur

    D’abord pris de passion pour l’alimentation, Julien s’est ensuite intéressé à l’élaboration des connaissances ainsi qu’à l’épistémologie de sa discipline. Après une formation de 3 années en nutrition humaine et sportive, il a voulu tenter l’expérience de vulgariser l’information scientifique dans ce domaine, expérience dont il est tombé amoureux. Passionné de sciences en tout genre et de philosophie, il n’oublie pas de suspendre son jugement lorsqu’il se juge incompétent sur une question et tente de toujours aborder un problème dans son aspect multicentrique.