Flamboyante galaxie

Flamboyante galaxie

Marie-Lou Gendron-Marsolais, Julie Hlavacek-Larrondo et Maxime Pivin Lapointe UdeM - Université de Montréal

Au centre de l’amas de Persée trône la spectaculaire galaxie NGC 1275. Et en son cœur se cache un trou noir supermassif, 800 millions de fois la masse de notre Soleil. Bien qu’invisible, ce trou noir est responsable de l’émission de puissants jets de particules, des électrons relativistes (en rose), qui sont éjectés bien au-delà de la galaxie. Leur interaction avec le milieu entretiendrait la température incroyablement élevée (60 millions ºC) de ces gaz intergalactiques qui émettent alors dans la gamme des rayons X (en bleu). À moins de 240 millions d’années-lumière de la Voie lactée, donc dans notre voisinage, cet amas galactique est une prodigieuse source de fascination. [Image composite : Sloan Digital Sky Survey (proche IR – galaxies périphériques) - Hubble (visible – NGC 1275) - Chandra (rayons X – en bleu) - Jansky Very Large Array (interférométrie radio – en rose)] - Photo issue du concours La preuve par l'image 2017

Ensemble, visons le ciel

Avoir comme porte d’entrée l’émerveillement, le questionnement en observant un ciel étoilé, c’est une possibilité extraordinaire offerte pour communiquer les sciences. Que ce soit à l’intérieur d’un planétarium, ou, comme dans notre cas, en installant du matériel d’observation directement dans les rues et sur les places publiques au Togo.

Grâce à de telles installations, l’équipe d’animation et le public peuvent se rencontrer et diriger ensemble, conjointement, leur regard vers le ciel, vers les étoiles.

Il importe néanmoins de suivre certains conseils, livrés ici de manière non exhaustive, et peut-être tout aussi applicables à d’autres formats de vulgarisation scientifique.

 

« Jouer » avec les émotions. Le recours à des émotions est au cœur de l’action de vulgarisation scientifique. L’étonnement est toujours là chez les passant-e-s, et parfois même la crainte — il convient alors de rassurer. Pour nous, la joie, l’élan positif et l’enthousiasme se présentent comme de formidables vecteurs de transmission de notre passion dans ces moments de partage. Un simple télescope posé, à la disposition de toutes les personnes au cours d’une soirée ou en plein jour pour viser le ciel étoilé ou ensoleillé, permet à ces émotions de surgir. Avec parfois de l’hésitation au début, l’ambiance festive, le spectacle et surtout le sourire aux lèvres de celles et ceux qui osent jeter leur regard dans l’oculaire font souvent naître une curiosité et un désir fou chez les personnes indécises, qui finissent par en faire de même. Et cela nous permet de travailler notre empathie.

Notre approche consiste en fait à ne pas se comporter en « connaisseur » — nous tentons de rester très terre à terre, de ne pas nous positionner en « grand sachant » allant répandre une forme de bonne parole. Nous amenons petit à petit ces personnes qui déambulent dans le bain, dans une histoire, en étant avant tout à l’écoute de leurs questions, et en cherchant à en susciter. Plutôt que d’essayer de livrer à tout prix toutes nos connaissances. Plutôt que de poser des questions qui pourraient installer une distance, si elles mettent en évidence des connaissances que ces passant-e-s n’ont peut-être pas. Nous cherchons ainsi à nous inscrire dans une dynamique de partage.

« Parlez-moi de ce que vous voyez! », « Que pensez-vous observer? », « Racontez-moi ce qu’on vous a déjà dit! »

Nous les écoutons, acceptons de recueillir avant tout leurs visions des choses. Ensuite nous ouvrons un débat constructif partant d’un sujet intéressant ou d’un exemple concret, clair, convaincant et précis. Ils repartent toujours en étant non seulement heureux d’avoir partagé leurs idées avec nous, mais aussi et surtout d’avoir appris quelque chose de nouveau.

Cette approche nous demande de ne pas prendre les choses à la légère, ne pas faire de l’« à-peu-près » : il convient d’avoir de solides connaissances aussi bien en sciences, en général, qu’en astronomie afin d’être rigoureux dans l’argumentation et dans la transmission des connaissances.

Cela demande également de faire preuve d’une grande patience. L’humilité comme maître-mot; car il ne s’agit pas de chercher à persuader, mais plutôt de permettre aux passant-e-s de cheminer dans leurs réflexions. Et parfois de revenir un peu plus tard dans la journée ou dans la soirée. En fait, nous les amenons progressivement à avoir confiance en nous et en ce que nous faisons. Ensuite, ces personnes peuvent, si elles le souhaitent, adhérer librement à notre démarche en étant convaincues de pouvoir recevoir de nouvelles connaissances. À noter qu’il faut faire preuve de cette patience également à l’endroit de collègues que l’on cherche à embarquer dans l’aventure.

Enfin, avoir le goût d’apporter quelque chose de nouveau. Comment faire lorsque d’autres connaissances sont parfois le seul rapport au monde céleste? Comment expliquer ce que sont les sciences, la démarche scientifique? Nous cherchons à nous inscrire dans une relation qui respecte les connaissances de l’individu et le rapport au monde qui s’est déjà en partie construit. On ne cherche pas à remplacer, mais à apporter quelque chose de différent.

 

Finalement, nous ne sommes qu’un lien entre des connaissances et les gens que l’on rencontre. Et les instruments d’observation deviennent ce liant nécessaire.

Ces conseils pourraient paraître très évidents, mais ils permettent de voir dans quel esprit se déroulent nos initiatives auprès de la population togolaise. Le ciel nocturne, étoilé ou ensoleillé apporte toujours un spectacle inouï à celles et ceux qui lèvent leurs yeux pour regarder ce qui est juste au-dessus de leur tête.

Au final, ne faut-il pas amener chacun de nous à toujours viser le ciel, « viser la lune, car, même en cas d’échec, on atterrit dans les étoiles » (Oscar Wilde)!

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