Choc nerveux

Floriane Bretheau Université Laval

Cultivé in vitro, cet enchevêtrement hallucinant de couleurs montre des astrocytes (en vert) ainsi que des oligodendrocytes (en rouge et bleu). Ce sont deux types de cellules gliales, ces auxiliaires essentielles aux cellules nerveuses. Or, lorsque survient une lésion de la moelle épinière, la réaction inflammatoire, qui sert à nettoyer les débris, entraîne une dégénérescence secondaire dans laquelle les astrocytes contribueraient à la mort des oligodendrocytes. Une meilleure compréhension de ce mécanisme pourrait aider les victimes d’accidents à mieux récupérer. (Cellules marquées par immunofluorescence, grossissement : 40x; microscopie confocale) - Photo issue du concours La preuve par l'image 2019.

Aller voir ailleurs

Je viens de Grèce et je suis arrivée au Québec en 2015 pour réaliser mes études en recherche. Mon projet de doctorat porte sur la douleur neuropathique et j’ai été membre du conseil d’administration du Réseau québécois des étudiants-chercheurs sur la douleur (RQECD). Celui-ci organise des événements pour un public non spécialiste, entre autres le PAINtalks. Publique et bilingue, cette soirée de conférences qui se tient annuellement permet d‘informer les personnes quant aux dernières avancées de la recherche en douleur.

Cette activité québécoise de vulgarisation scientifique m’a amenée à m’interroger : qu’en est-il de de la communication scientifique ailleurs, notamment dans mon pays d’origine?

À l’époque où j’ai quitté la Grèce en 2012, il n’y avait que quelques événements de communication scientifique organisés par des bénévoles. Je ne me doutais pas que la situation avait évolué depuis. Alors, pour me mettre à jour sur la manière dont les sciences sont communiquées en Grèce aujourd’hui, j’ai discuté avec Angeliki Kalisperi (M. Sc). J’aimerais d’ailleurs la remercier pour le temps qu’elle m’a consacré. Angeliki est bénévole pour SciCo, l’une des organisations à but non lucratif les plus actives dans le domaine de la communication scientifique. Elle m’a parlé de son parcours dans le domaine de la vulgarisation scientifique, et des nouveautés des dernières années. En discutant avec elle, j’ai découvert que la vulgarisation scientifique s‘est grandement développée en Grèce!

De fait, les communicateur-rice-s ne se contentent pas de multiplier les événements : ils mettent en place des initiatives novatrices et inspirantes.

Cependant, sur une note peut-être moins positive, Angeliki a mentionné qu’étant donné la limite de financement provenant des fonds publics, la majorité des événements sont menés et organisés par des bénévoles.

Parmi les initiatives en communication scientifique, SciCo est par exemple à l’origine de Mind the lab, un événement se déroulant dans les stations de métro. Les scientifiques y rencontrent les usager-ère-s dans leur quotidien, leur présentent les bases de leur domaine et leurs découvertes. Un bel exemple de partage du savoir produit directement par la recherche! Cet événement unique est d’ailleurs devenu célèbre dans d’autres villes comme Madrid, Berlin, Édimbourg et Sao Paulo. En mai 2018, l’événement de communication scientifique Une pinte de science (Pint of sciences) est arrivé dans les pubs et les cafés de Athènes et, depuis, il s’est répandu dans d’autres grandes villes comme Thessalonique, Vólos, Héraklion et Sérifos. Or, à l’instar de Mind the lab, ce concept originaire de la Grande Bretagne s’est propagé au-delà de l’atlantique, notamment au Québec!

Les temps actuels ne sont malheureusement pas à l’organisation de telles activités, compte tenu des consignes socio-sanitaires liées à la pandémie. Pour pallier ces restrictions, des activités en plein air pourraient-elles être une solution pour atteindre le public qui est cloîtré chez lui? La technologie peut également servir à atteindre un plus grand nombre de personnes, en transformant des événements précédemment organisés en personne en événements entièrement en ligne puis rediffusés sur les réseaux socionumériques, comme la prochaine édition du PAINtalks.

J’ai aussi été surprise de constater qu’il existe trois chaînes YouTube très populaires qui traitent de la communication scientifique et qui ont un énorme impact en Grèce, comme Mad sc1ent1st, Astronio et H καθημερινη φυσικη (« Physique quotidienne »).

Avec mes recherches, j’ai constaté que le but derrière la vulgarisation scientifique n’est pas seulement de parler des résultats de recherche, mais aussi, entre autres, de sensibiliser et intéresser les gens à la méthode scientifique.

Par exemple, Generation Next est une initiative éducative qui a vu le jour avec la collaboration entre SciCo et une entreprise de télécommunications. L’objectif de ce projet a été de fournir des équipements de laboratoire dans des régions éloignées de Grèce afin de susciter la curiosité des étudiant-e-s et d’améliorer le processus d’enseignement en sciences, technologie, ingénierie et médecine (STIM) dans ces régions.

Il y a probablement plus d’événements de communication scientifique en Grèce que je n’ai pas couverts ici [NDLR : à lire en complément]. Or, mon expérience en tant que participante à des événements de communication scientifique ici au Québec et les histoires de mon entourage m’a appris que s’impliquer dans la communication scientifique et promouvoir un dialogue entre la science et la société est bénéfique autant pour les scientifiques que les publics non spécialistes.

Et, aller voir ce qui se fait ailleurs pourrait aider à améliorer certaines activités en vue d’augmenter leurs impacts.

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